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Les dioxines (Probio">
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Les dioxines (Probio, mai 1999)
Haro sur les dioxines (Athena, mai
1999) EXTRAIT DE PROBIO MAI 99 Le terme dioxine est le nom commun pour la
2,3,7,8-tétrachlorodibenzo-para-dioxine (TCDD), mais il est aussi généralement utilisé
pour des produits chimiquement et structurellement associés comme les
polychlorodibenzo-oara-dioxines (PCDD), les polychlorodibenzofuranes (PCDF) et les
polychlorobiphenyls (PCB). En molécules analogues, on dénombre 75 PCDD, 135 PCDF et 209
PCB; les nombres sont encore beaucoup plus grands si on y inclut les dérivés bromés. La toxicité des dioxines a été évaluée en "équivalents
toxiques" par rapport au composé censé être le plus toxique, la TCDD. La majorité
des dioxines toxiques provient et/ou est dérivée des procédés industriels
d'utilisation du chlore (chimie des organochlorés, blanchiment du papier,...)
l'incinération des déchets et la production de certains pesticides aujourd'hui
abandonnés. La nature chimique des dioxines et furanes est telle qu'on trouvera ces
composés dans les phases non polaires (graisse du lait ou de la viande), en phase vapeur
(fumées) ou en phase absorbée sur des particules solides (ce qui nécessite le filtrage
de particules). En pratique, on quantifiera 17 congénères des dioxines et des furanes
substitués au moins en position 2,6,7,8. Les résultats des analyses des dioxines se
situent dans le domaine du ppt (1 ng par kg) voire plus bas. La dose à risque de TCDD
admissible varie selon les auteurs et selon le modèle animal utilisé. La dose associée
à un risque de cancer de 1 sur 1.000.000 est estimé de 6,4 fg/kg/jour (soit 0,5 pg/jour)
à 1,400 fg/kg/jour. Après un prélèvement d'échantillon adapté au problème posé et
après préparation adéquate de l'échantillon, l'analyse est réalisée efficacement par
l'intégration de deux techniques : d'abord une technique de séparation qui est la
chromatographie en phase gazeuse, suivie de la spectrométrie de masse, utilisées dans
les meilleurs conditions de haute résolution. Nous ne traiterons pas ici de toutes les
évolutions technologiques récentes conduisant à ces hautes résolutions. Outre les
faibles quantités à détecter, le nombre de produits à suivre en une injection est
important; ce sont ces deux paramètres qui finalement compliquent l'analyse des dioxines. L'obtention récente d'anticorps dirigés contre les PCBs ouvre
actuellement la voie à une détection immunochimique de type ELISA telle que décrite
dans un article récent (Sugawara et al. (1998), Anal.Chem. 70, 1092-1099), mais
également à la mise à disposition d'une méthode de chromatographie d'immunoaffinité
à haute résolution (HRIAC) permettant la concentration et la purification des
substances; on assiste de plus en plus à l'intégration d'une telle méthode HRIAC dans
des schémas d'analyse CG/SM, CL/SM pour atteindre des limites de détection se situant
dans la gamme du fentomole à l'attomole. L'exemple des tranquillisants traités ci-après
sera un bel exemple de ce type d'intégration. Retour Extrait de Athena 150/Avril 1999 La perception de la toxicité des dioxines prête aujourd'hui
énormément à contreverse. D'une part, la crainte du public, amplifiée par certains
médias, est de voir le composant engendrer des empoisonnements, même à une exposition
minimale. D'autre part, les toxicologues qui à défaut de connaître les effets réels de
la dioxine chez l'homme font appel à plus de recherche, notamment en expérimentation
animale à travers des études épidémiologiques ciblées. Au centre, on retrouve les
pouvoirs publics qui doivent prendre des décisions basées sur ces évidences
conflictuelles avec un maximum d'objectivité. Le professeur Alfred Bernard, directeur de
recherches au Fonds national de la recherche scientifique (Fnrs) et professeur à
l'université catholique de Louvain , évalue pour Athena l'impact de telles substances
sur l'environnement et la santé humaine. Les dioxines appartiennent à un groupe de composés chimiques, les
hydrocarbures aromatiques polyhalogénés. Le nom réfère à leur structure basique :
classiquement deux atomes d'oxygène liés à une paire de benzène à laquelle s'accroche
un ou plusieurs atomes de chlore. On distingue trois grandes familles : les
polychlorodibenzodioxines ou PCDDs, les polychlorodibenzofuranes ou PCDFs et les
polychlorobiphényles ou PCBs. Parmi les multiples composés analogues possibles (isomères), 28 au
total présentent une activité de type "dioxine", ce qui signifie qu'ils
peuvent se fixer sur un récepteur intracytoplasmique spécifique, le récepteur Ah. La
substance de référence, et la plus toxique, est le 2,3,7,8 tétrachlorodibenzo-p-dioxine
(TCDD). Les 27 autres composés ont une activité qui s'échelonne entre la moitié et le
milliè- me de celle de la TCDD. Dès lors, on a affecté à ces substances ce que l'on a
appelé un facteur d'équivalence toxique (TECQ). Celui-ci correspond aux concentrations
totales de dioxines exprimées en équivalents de TCDD (TEQ = 1) calculés sur la base de
ces différentes activités. Les dioxines ont été identifiées pour la première fois en 1949,
quand une explosion d'une entreprise fabriquant des herbicides aux Etats-Unis (Monsanto
Plant) provoqua chez 122 personnes des accès de chloracné. Il s'agit là sans doute de
l'indicateur le plus sensible (mais réversible) chez l'homme d'une exposition massive aux
dioxines. Il traduit l'hyperkératose folliculaire, comprenez une peau sèche et squameuse
rappelant l'acné juvénile. On n'observa cependant pas d'augmentation de la mortalité
totale. D'autres cas ont étayé l'histoire des dioxines, nous en apprenant davantage sur
leur activité. Mais le cas le plus célèbre est sans équivoque l'accident survenu en
1976 à Seveso en Italie (Icmesa Plant) où près de 37000 personnes de tout âge furent
exposées à des quantités phénoménales de dioxines, nécessitant l'évacuation de
toute la région. En 1991, les résultats de certaines études n'ont pu toutefois montrer
une augmentation des cas décès, de malformation congénitale ou de cancer attribuable
aux dioxines. Par contre, le suivi médical de cette population a indiqué une légère
augmentation de certaines affections, comme des maladies cardiovasculaires, sans
toutefois, pouvoir incriminer formellement le polluant. Evaluation de l'exposition Les PCDDs/PCDFs sont des contaminants ubiquistes de notre environnement
et émanent essentiellement des procédés industriels (industries du chlore) et de tous
les procédés comportant la combustion de matériaux organiques ou fossiles
:incinération des déchets (ménagers, hospitaliers), bois mazout, essence, charbon,
tabac, plastiques, pneus. On distingue les sources diffuses (industrielles et
incinérateurs), facilement maîtrisables, des sources ponctuelles, plus difficiles à
contrôler, telles que le trafic automobile, la fumée de cigarette ou encore la
combustion de bois (principale source en Autriche). Les émissions des incinérateurs
relèvent de l'efficacité de la combustion et du traitement des fumées et gaz libérés. Classiquement, les dioxines se forment à 270°C par recondensation du
précurseur, le chlorophénol, sur les cendres volantes. Ces derniers se déposent alors
dans les champs, dans l'herbe, l'eau, le sol et les plantes. Les incinérateurs des
années 60-70 émettaient des fumées contenant 100 ng TEQ/M3 (1ng = un
nanogramme = un milliardième de gramme), voire davantage. Les techniques modernes
actuelles peuvent limiter la néoformation des dioxines et les émissions atmosphériques
à des valeurs bien inférieures à 0,1 ng TEQ/M3, qui constitue la norme
européenne. Le respect de cette norme permet de restreindre l'émission à des valeurs
largement inférieures aux moyennes actuellement rapportées dans l'air ambiant en
Belgique et en Europe. Les techniques d'épuration s'appuient en réalité sur le
sacro-sainte "règle des 3 T" : une température de combustion de 850°C, un
temps de refroidissement rapide des gaz en dessous- de 100°C et une turbulence ou
mélange des gaz. Même si ces données sont rassurantes, on ne saurait assez insister
sur l'importance d'une surveillance et d'un contrôle des anciens incinérateurs ne
répondant pas à ces exigences, mais demeutant en activité. On gardera à l'esprit que
ces techniques s'avèrent néanmoins extrêmement coûteuses. Dans un avenir proche, un
projet de recherche devrait être approuvé et financé par la Région walonne et serait
intitulé : "Evaluation de l'exposition expérimentale aux dioxines et polluants
associés". Cette plate-forme aura pour objectif d'élaborer une cartographie des
niveaux d'imprégnation corporelle de la population afin d'identifier les sources diffuses
et ponctuelles de dioxines et polluants associés en Wallonie. Qu'en est-il de la "dioxicité"? Les dioxines sont des substances liposolubles, c'est-à-dire solubles
dans les graisses, donc aisément absorbées par toutes les voies d'assimilation de
l'organisme (peau, poumon, système digestif). Ce sont des toxiques cumulatifs qui se
logent préférentiellement dans les graisses et les tissus riches en lipides. Leur
cinétique est très lente, autant dans l'environnement (où elles sont très lentemeent
catabolisées par la lumière et certains microorganismes du sol) que dans l'organisme
humain, où le temps de demi-vie (temps nécessaire pour dégrader la moitié de la
substance) est fonction de l'âge et varie de cinq à dix ans mais est plus faible chez le
nourisson (environ six mois). Leur voie d'élimination est exclussivement fécale en
association avec les graisses. Tous les effets toxiques des dioxines seraient pratiquement médiés
par leur fixation sur un récepteur spécifique concentré au niveau du cytoplasme
cellulaire : le récepteur Ah pour Aromatie Hydrocarbure. Des données toxicologiques
recueillies chez l'animal ont attribué aux PCDD, des effets promoteurs de cancers chez le
rongeur. Le mécanisme de cette cancérogenèse est de type non génotoxique,
caractérisé par un seuil; des effets téralogènes, une action immunosuppressive ainsi
qu'une augmentation potentielle du stress oxydatif. Il est à noter que des études
récentes ont pu mettre en évidence un rôle virtuellement protecteur du resvératrol,
une substance présente notamment dans le vin, par inhibition de l'activation du
récepteur Ah. Des habitudes alimentaires favorables Les données toxicologiques obtenues chez l'homme en situation aiguë
(100 à 1000 fois les niveaux d'expositions belges), font état de chloracné, d'un excès
de mortalité totale par cancer et plus particulièrement pour les sarcomes du tissu mou
dans l'industrie du chlore (Monsanto); à Seveso, on a noté une augmentation de certains
cancers (leucémie) et une réduction pour d'autres (sein et endomètre) mais pas de
troubles du système immunitaire ni d'effets tératogènes. Toutefois, les données
épidémiologiques recueillies lors d'accidents industriels ne permettent pas à ce stade
d'évaluer par extrapolation les risques au niveau de très faibles expositions
environnementales chroniques. A ce jour également, aucune étude n'a pu mettre en
évidence de façon probante une majoration du risque de cancer du sein des populations
vivant au voisinage des sites de traitement de déchets. Les dioxines sont lipophiles, donc extrêmemnt stables dans
l'environnement et à même de s'accumuler dans les chaînes trophiques et l'organisme
humain. Ces phénomènes de bioaccumulation, contrairement à une idée souvent répandue,
font de l'inhalation une voies d'exposition négligeable (pour le non-fumeur), puisque
plus de 90% de la dose que nous absorbons quotidiennement (1 à 2 pg TEQ/kg/jour)
proviennent de l'alimentation. Cette dose est toutefois environ 50 fois inférieure à la
dose sans effet chez le rat et plusieurs centaines de fois inférieure à la dose la plus
faible produisant un effet chez cette espèce. Les principaux vecteurs alimentaires sont
la viande bovine et ses dérivés (laits, fromages, beurre) provenant des zones
contaminées. Des toxicologues ont ainsi estimé l'apport alimentaire de dioxines en pg
TEQ/jour (1pg = 1 picogramme = un millionème de millionème de gramme): viandes et dérivés, volailles 38 lait de vache 35 graisses et huiles 19 produits laitiers 12 poisson 7,7 Apport total (toutes sources) 125 A la vue de ce tableau, on comprend l'erreur qui a été de mettre
longtemps l'accent uniquement sur le lait de vache, quand on sait qu'en moyenne la graisse
de boeuf apporte deux à trois fois plus de dioxines que la graisse du lait (6,5 ng/kg de
graisses bovines contre 2,3 ng/kg de graisses laitières). L'exposition plus élevée de
la population belge aux dioxines est en partie liée à notre consommation pléthorique de
viande bovine. Il est à souligner que le lait subit en général une homogénéisation et
une dilution partielle ou totale (écrémage) qui affaiblissent encore sa teneur en PCDD,
alors que la viande n'endure pas ce traitement. Néanmoins, face à l'inquiétude de l'opinion publique, les autorités
fédérales belges ont été amenées à fixer une valeur maximale autorisée de 5 pg TEQ
par gramme de graisses dans le lait de vache. Les normes (alimentaires, incinérateurs) ne
doivent cependant pas être comprises comme des seuils de risque, mais bien comme des
critères de qualité. Un dépassement de ces normes ne signifie nullement qu'il y a
risque mais simplement que la marge de sécurité diminue. Ainsi, l'Organisation mondiale
de la santé (Oms) a fixé la dose journalière admissible (Dja) à 1 - 4 pg TEQ/kg de
poids corporel, avec un coefficient de sécurité d'un facteur 10 (dose maximale
tolérable ou TDI = 10 pg). Pratiquement, pour atteindre de telles doses dans le cas des
produits laitiers, cela nécessiterait des niveaux de consommation élevés. Réhabiliter le lait maternel Des inquiétudes récentes sont nées en Belgique du fait de
l'observation d'une teneur très élevée du lait maternel en dioxines, avec près de 20
pg TEQ/g de graisse, soit deux à trois fois la teneur du lait de vache. Ces teneurs
élevées s'expliquent par la bioaccumulation dans la chaîne alimentaire et le fait que
le lait maternel soit en quelque sorte une voies d'excrétion du toxique pour la mère.
Malgré tous ces élèments, les experts de l'Organisation mondiale de la santé ont
recommandé l'allaitement maternel, dont les bénéfices (prévention de la diarrhée et
de la constipation, facteurs immunitaires, digestibilité accrue, teneur en acides gras
essentiels) ont été jugés largement supérieurs aux risques éventuels inhérents aux
dioxines. Des justifications peuvent être rencontrées dans le fait que l'exposition aux
dioxines via le lait maternel est de courte durée, d'autant plus que le bébé élimine
(demi-vie plus basse) mieux la dioxine que l'adulte (fréquence de selles plus élevées,
tissu adipeux moins abondant, surface corporelle plus faible). Collectes sélectives De plus, une nette réduction de ces taux de dioxines (de l'ordre de 8%
par an) et donc l'imprégnation corporelle, est observée actuellement depuis la fin des
années 80 dans le lait maternel et dans le lait de vache. Les spéculations vont bon
train sur les raisons réelles de cette tendance à la baisse. La réduction de
l'utilisation de l'essence avec plomb et un meilleur contrôle des émissions
industrielles pourraient expliquer ce phénomène. Le respect des normes d'émission
appliquées aux incinérateurs et leur lente cinétique pourraient constituer un autre
argument. De surcroît, les niveaux d'exposition aux dioxines de la population générale
sont au moins 100 fois inférieurs aux seuils de risque observés en milieu industriel ou
estimés à partir des données animales. Il est primordial de ne pas omettre également que chaque citoyen peut
contribuer à titre individuel à la prévention de la production de ces produits toxiques
en participant aux collectes sélectives et en procédant au recyclage de ceux-ci. Le
particulier veillera aussi à éviter toute incinération domestique de ses déchets,
laquelle constitue une source majeure d'émmission de dioxines mais aussi d'hydrocarbures
aromatiques polycycliques et d'autres substances potentiellement cancérigènes. Nicolas Rousseau |